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Okja – Bong Joon Ho

J’avais vu la bande-annonce à sa sortie, en 2017. Je n’ai plus jamais pensé à lui par la suite, même s’il était dans ma liste Netflix. Confinement oblige, je suis bien contente de l’avoir dedans alors je propose de le regarder avec mon copain.

Je n’avais aucun souvenir de la bande-annonce, je sais juste qu’il y a une bestiole drôlement mignonne ainsi que Tilda Swinton et que ça me suffit amplement pour me faire regarder le film.

(Enormément de spoilers dans cette critique. Ce qui est en vert, vous pouvez le lire sans problème, même si je vous conseille clairement de voir le film et de revenir après pour profiter pleinement… Et vous pouvez lire la note, mais juste la note. Pas ce qui est écrit en dessous. Non. Vraiment.)

Synopsis : Mija, une jeune Coréenne du Sud vivant avec son grand-père dans les hautes montagnes s’occupe pendant dix belles années de Okja, un immense animal qui ferait tout pour elle. Une multinationale capture Okja pour la présenter à un festival, situé à New-York mais pas que… Fonçant tête baissée, Mija décide de partir à la recherche de son amie de toujours pour la ramener à la maison. Ce n’est pas sans croiser différents groupes capitalistes, démonstrateurs et consommateurs de viandes sur son chemin.

Quel regret de ne pas avoir vu ce film plus tôt, mais vaut mieux tard que jamais.

J’ai pu reconnaître la patte du réalisateur de Parasites, avec son humour reconnaissable et les situations qu’il met en scène (certaines grossières mais qui passe pourtant très bien et avec une certaine légèreté).

Quel casting incroyable Bong Joon Ho nous offre. Nous avons la magnifique Tilda Swinton (Lucy Mirando), qui est toujours plus extravagante et éclatante que les fois précédentes. Jake Gyllenhaal (Johnny Wilcox) qui est explosif et totalement différent de ce qu’il est de base (c’est-à-dire complètement moche et taré). Il y a encore Paul Dano (Jay), Steven Yeun (K) ou encore Lily Collins (Red). Malgré ces têtes d’affiche, Seo-Hyun Ahn (Mija), qui au moment du film à 13 ans, a une performance qui n’est pas des moindres.

Ce film garde à la fois un univers de conte, assez poétique tout en ayant une réel force politique et dénonciatrice.

Chacun des personnages est une caricature, un réel personnage avec de la force de caractère. On a la PDG de la firme internationale qui semble mégalo, accro aux affaires et à sa personne, l’animateur imbu de lui-même qui ne pense qu’à la célébrité qui lui est due, l’enfant innocent qui n’est pas aussi bête qu’on ne le croit, le groupe de héros (les défenseurs des animaux, en l’occurrence) qui se comporte comme des terroristes alors qu’ils ne veulent tuer personne et utilisent bien des manières sans crainte de tuer des gens, pour sauver les animaux.  Il y a un côté léger dans toute cette histoire alors que les faits sont durs : on a capturé un animal sans défense qui ne posait aucun souci là où il était pour en faire des steaks. Une petite fille refuse qu’on lui enlève son amie, alors elle court sans réfléchir. Elle est petite et c’est dangereux pour elle de s’y aventurer. Si on ne l’avait pas aidé à de multiples reprises à s’enfuir, je pense qu’elle aurait eu bien du mal à se tirer d’affaire. C’est un comportement innocent qu’elle adopte et fonce tête baissé sans penser à aucune répercussion que ses agissements peuvent avoir.  La manière dont on nous montre les entrepreneurs manipuler les consommateurs et être manipuler par la directrice de la firme est légère également en ressenti bien que très présente. Il y a plusieurs lectures à ce film ; le poétique et le politique.

En terme de poétique, Okja est certes kidnappée mais finalement récupérée pour retourner chez elle en Corée du Sud. Mija part à la recherche de son amie sans trop d’encombres (même si elle fait des désastres énormes partout où elle va, c’est comme si elle n’avait aucune répercussion par la suite).  Les « méchants » sont punis de la pire manière pour eux. (Johnny qui perd son public, Lucy qui perd son projet et qui retrouve sa sœur qui lui pique tous ses cochons.) Au moment de la révélation sur scène, Jay demande à Mija de ne pas se retourner pour préserver son âme de petite fille. Il y a également une belle référence au film Mon Voisin Totoro, qui rappelle l’ambiance de ce genre de film, assez ancrée dans le style de Okja.
La musique est également un point qui permet cette effet poétique au film.

En terme de politique, on dénonce la différence des classes sociales, la surmédiatisation, et surtout la société de consommation – plus c’est fou, mieux c’est. Plus ça sort de l’ordinaire, mieux c’est. Plus particulièrement sur les multinationales qui utilisent le « greenwashing », ce qui consiste à parler écologie dans leur communication marketing alors qu’ils ne font que polluer d’autant plus la nature et son environnement dans leur création et leur produit.

On dénonce la maltraitance animale, les abattoirs et globalement la consommation de viande, de source animal. On nous met face à ce qu’est l’abattoir. On met face les spectateurs du festival du Super Cochon face à la réalité des choses qu’ils se passent.
Dans le film, tous les spectateurs se trouvent sidérés et ne souhaitent plus manger leur produit. Malheureusement, dans notre monde, on a beau savoir ce qui se passe dans les abattoirs et autres entrepôts, beaucoup continuent à manger de mauvais produits.

En ce qui concerne la trame de l’histoire, je ne m’attendais pas vraiment à être surprise comme je l’ai été. Je voyais, au départ, les choses venir.

Je ne m’attendais pas à ce que la petite parte réellement à la recherche d’Okja, seule.
Je ne m’attendais pas à ce que la petite fracasse l’entrée en verre pour voir Mundo.
Je ne m’attendais pas à ce que les méchants « terroristes » soient en fait des membres d’une association pour la défense animale.
Je ne m’attendais pas à ce que l’un d’eux traduise que la petite fille était partante pour la mission à son équipe, alors qu’elle ne l’était pas.
Je ne m’attendais pas à ce que Jay fracasse K. e ne m’attendais pas à ce que le plan de sauvetage d’Okja durant le festival fonctionne (malgré le fait qu’ils se font rattraper par l’unité des forces de l’ordre, ils ont globalement réussi à faire tomber à l’eau le festival et à montrer les images de l’entrepôt sur grand écran).
Je ne m’attendais pas à ce que Mija retrouve Okja et réussisse à lui sauver la vie dans un moment aussi fatidique que ça. (C’était un poil trop dramatique mais bon ça marche bien)
Je ne m’attendais pas à ce qu’un petit bébé soit jeté vers Okja et Mija par ses parents pour qu’il est la vie sauve. J’ai chialé de ouf. Faut pas me faire ça.

L’humour était aussi un point d’honneur à ce film. Il a rythmé ce dernier et c’était toujours un plaisir de ne pas trop tomber dans le « trop ».

C’était quelque peu burlesque par moment (notamment les pets de Okja qui aide Mija à le retrouver dans la forêt quand il est tombé pour elle ou que K se tatoue « La traduction, s’est sacré » sur le bras) mais j’ai vraiment rigolé. C’était mignon et absurde.

Pour terminer, je dirai que les effets numériques sont incroyables. A aucun moment j’ai cru apercevoir qu’Okja n’était pas un vrai animal. Pour moi, Okja existe et vit réellement dans les forêts en Corée du Sud. Je veux dire par là que les caresses, les câlins, le toucher de la peau de cet animal ne m’a pas laissé une seule seconde, grincer des dents tellement c’était réaliste.

CONCLUSION

J’ai aimé me laisser surprendre. C’était très facile de se laisser porter par l’histoire et la fabuleuse relation entre cet animal fantastique et cette petite fille prête à tout pour le défendre. La réalisation autant paradisiaque par moment comme très brutale a réussi à me porter tout le long des péripéties de ce duo magnifique.

Note : 8,5/10

J’ai voyagé et j’ai rigolé malgré un destin tragique pour les Super-Cochons qui étaient encore en train de faire la queue pour se faire tirer une balle en pleine tête.

C’est une belle dénonciation de la maltraitance animale et de la consommation de viande. Il ne faut pas se voiler la face à ce sujet et je pense que le visionnage de ce film va commencer à sérieusement changer quelques petites choses dans la manière dont je vois les choses et dans ce que je consomme.

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